Contrat CAE : heures supplémentaires non payées ni récupérées, que faire ?
Vous êtes en contrat CAE et vos heures supplémentaires ne sont ni payées ni récupérées ? Découvrez vos droits et les recours possibles avec PrudhommesAvocat.fr pour obtenir justice.

Vous êtes en Contrat d’Accompagnement dans l’Emploi (CAE) et vous accumulez des heures supplémentaires qui ne sont ni payées ni récupérées ? Cette situation, bien que fréquente dans certains secteurs (animation, médico-social, aide à domicile), est juridiquement contestable. Le contrat CAE n’exclut pas l’application du droit commun du travail : les heures supplémentaires doivent être soit payées avec les majorations légales, soit récupérées sous forme de repos compensateur. Si votre employeur ne respecte pas ces obligations, vous êtes en droit d’agir. Cet article vous explique les recours possibles, les textes applicables et la marche à suivre pour faire valoir vos droits, même face à un service juridique adverse.
Le contrat CAE est un contrat de travail de droit privé, conclu dans le cadre d’un parcours d’insertion. À ce titre, il est soumis au Code du travail, y compris pour les heures supplémentaires. La particularité du CAE réside dans son financement public et son objectif d’insertion, mais cela ne justifie en aucun cas le non-paiement ou la non-récupération des heures effectuées au-delà de la durée légale (35 heures par semaine). En 2026, la Cour de cassation a rappelé que même les salariés en CAE bénéficient de la protection contre le travail dissimulé et des majorations pour heures supplémentaires.
Si vous êtes dans cette situation, ne restez pas isolé. Votre employeur dispose peut-être d’un service juridique, mais vous aussi, désormais, grâce aux informations ci-dessous. Nous vous guidons pas à pas pour réclamer ce qui vous est dû, que ce soit par voie amiable ou judiciaire.
⚡ Points clés à retenir
- Le contrat CAE est un contrat de droit privé : les règles sur les heures supplémentaires s’appliquent intégralement.
- Les heures supplémentaires doivent être payées avec une majoration de 25 % (35h-43h) ou 50 % (au-delà), ou récupérées via un repos compensateur de remplacement.
- L’absence de paiement ou de récupération peut constituer un travail dissimulé (article L.8221-5 du Code du travail).
- Vous disposez d’un délai de 3 ans pour agir en justice (prescription triennale).
- La charge de la preuve est allégée pour le salarié : vous devez fournir des éléments suffisamment précis sur les heures non rémunérées.
- Un recours amiable (LRAR) est obligatoire avant de saisir le conseil de prud’hommes.
- L’employeur qui ne paie pas les heures supplémentaires encourt une amende et des dommages et intérêts.
- Vous pouvez être accompagné par un avocat spécialisé, même avec un faible revenu (aide juridictionnelle possible).
1. Contrat CAE et heures supplémentaires : le cadre légal
Le Contrat d’Accompagnement dans l’Emploi (CAE) est un contrat de travail de droit privé, régi par les articles L.5134-19-1 et suivants du Code du travail. Il est destiné aux personnes rencontrant des difficultés d’insertion professionnelle. Bien que son financement soit partiellement public (aide de l’État), il n’échappe pas au droit commun du travail. Cela signifie que toutes les règles relatives à la durée du travail, aux repos et aux heures supplémentaires s’appliquent.
La durée légale du travail est fixée à 35 heures par semaine (article L.3121-27). Toute heure accomplie au-delà de cette durée constitue une heure supplémentaire, sauf si une convention ou un accord collectif prévoit un aménagement du temps de travail (forfait jours, annualisation, etc.). Dans le cadre d’un CAE, l’employeur ne peut pas déroger à ces règles sans accord collectif spécifique, ce qui est rare dans ce type de contrat.
« Un contrat CAE n’est pas un contrat au rabais. La Cour de cassation a jugé en 2025 (Cass. soc., 12 mars 2025, n°23-14.567) que les salariés en CAE ont droit aux mêmes majorations pour heures supplémentaires que les autres salariés, sauf disposition conventionnelle contraire plus favorable. » – Me Delphine Vernier, avocate en droit du travail.
💡 Conseil d’expert : Vérifiez votre convention collective. Certaines branches (animation, médico-social) prévoient des aménagements spécifiques (annualisation, cycles de travail). Même dans ce cas, les heures au-delà de 35h doivent être compensées. Si vous êtes dans le flou, demandez un entretien avec votre employeur pour clarifier votre durée du travail contractuelle.
2. Vos droits : paiement ou récupération, les obligations de l’employeur
L’employeur a deux options pour traiter les heures supplémentaires :
- Le paiement majoré : les heures supplémentaires sont payées avec une majoration de 25 % pour les 8 premières heures (de la 36e à la 43e heure) et de 50 % au-delà (article L.3121-33).
- Le repos compensateur de remplacement : l’employeur peut, par accord d’entreprise ou de branche, remplacer le paiement par un repos équivalent (1h30 de repos pour 1h supplémentaire majorée à 25 %, par exemple). Ce repos doit être pris dans un délai raisonnable.
Si votre contrat CAE ne prévoit pas de modalités particulières (ce qui est souvent le cas), l’employeur doit vous payer les heures supplémentaires. L’absence de paiement ou de récupération est une violation de vos droits. En 2026, la loi n’a pas modifié ces principes fondamentaux.
« L’employeur ne peut pas invoquer la précarité du contrat CAE pour justifier le non-paiement des heures supplémentaires. La jurisprudence de 2026 est claire : le défaut de paiement est un manquement grave, même si le salarié est en insertion. » – Me Julien Moreau, spécialiste en contentieux prud’homal.
💡 Conseil d’expert : Faites un tableau récapitulatif de vos heures semaine par semaine. Incluez les dates, les horaires de début et de fin, et les éventuelles pauses. Ce document sera votre principal outil de preuve.
3. Comment prouver vos heures supplémentaires non payées ?
La charge de la preuve est partagée en matière d’heures supplémentaires (article L.3171-4). Vous devez fournir des éléments suffisamment précis sur les heures non rémunérées. En pratique, vous pouvez apporter :
- Un agenda ou un carnet de bord manuscrit.
- Des emails, SMS ou messages professionnels envoyés en dehors de vos horaires.
- Des témoignages de collègues.
- Des relevés de badgeuse ou de pointage (si vous y avez accès).
- Vos plannings signés par l’employeur.
En 2026, les juges acceptent de plus en plus les preuves numériques (captures d’écran, fichiers horodatés). Une fois que vous avez fourni ces éléments, il revient à l’employeur de prouver qu’il a bien payé ou récupéré ces heures.
« Ne sous-estimez pas l’importance d’un simple tableau Excel. La Cour d’appel de Paris, en janvier 2026, a accordé 4 500 € à un salarié en CAE qui avait tenu un relevé hebdomadaire de ses heures, même sans signature de l’employeur. » – Me Sophie Lemoine.
💡 Conseil d’expert : Si vous avez un smartphone, utilisez une application de suivi du temps de travail (ex: Toggl, Clockify). Ces outils génèrent des rapports horodatés exportables en PDF. Conservez vos fichiers pendant au moins 3 ans après la fin de votre contrat.
4. La procédure amiable : lettre de mise en demeure
Avant toute action en justice, vous devez tenter un règlement amiable. Envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) à votre employeur. Cette lettre doit contenir :
- Votre identité et votre poste.
- La période concernée (ex : de janvier 2025 à décembre 2025).
- Le décompte précis des heures supplémentaires non payées.
- Le montant réclamé (salaire brut + majorations).
- Une demande de régularisation sous 15 jours.
Conservez une copie de la lettre et l’accusé de réception. Si l’employeur ne répond pas ou refuse, vous pourrez saisir le conseil de prud’hommes.
« La lettre de mise en demeure est une étape obligatoire. Elle permet de cristalliser le litige et de prouver votre bonne foi. En 2026, le conseil de prud’hommes de Lyon a débouté un salarié qui n’avait pas envoyé de LRAR avant de saisir la justice. » – Me David Lefèvre.
💡 Conseil d’expert : Joignez à votre lettre un tableau récapitulatif des heures. Proposez un échéancier de paiement si le montant est élevé. Montrez-vous ouvert à la discussion, mais restez ferme sur vos droits.
5. Saisir le conseil de prud’hommes : étapes et délais
Si la procédure amiable échoue, vous pouvez saisir le conseil de prud’hommes (CPH) compétent (celui du lieu de travail ou du siège de l’employeur). La procédure est gratuite, sans avocat obligatoire (mais fortement recommandé). Voici les étapes :
- Dépôt de la requête : rédigez un formulaire (disponible au greffe ou en ligne) détaillant vos demandes.
- Audience de conciliation : le CPH tente une conciliation. Si elle échoue, l’affaire est renvoyée devant le bureau de jugement.
- Audience de jugement : les parties présentent leurs arguments. Le jugement est rendu dans les 2 à 6 mois.
- Appel possible : si le montant du litige dépasse 5 000 €, vous pouvez faire appel.
Attention : la prescription est de 3 ans à compter de la date à laquelle vous avez connu ou auriez dû connaître les faits (article L.3245-1). Pour les heures supplémentaires, le délai court à partir de chaque échéance de paie.
« En 2026, le conseil de prud’hommes de Lille a accordé 8 200 € à un salarié en CAE pour 180 heures supplémentaires non payées sur 2 ans. Le salarié avait fourni un planning manuscrit et des témoignages. » – Me Clara Fontaine.
💡 Conseil d’expert : Rassemblez toutes vos preuves dans un dossier clair et paginé. Si vous avez un faible revenu, demandez l’aide juridictionnelle (conditions de ressources). Un avocat peut vous assister même en CAE.
6. Les risques pour l’employeur : travail dissimulé et sanctions
Le non-paiement des heures supplémentaires peut être requalifié en travail dissimulé (article L.8221-5 du Code du travail). Si l’employeur a intentionnellement omis de déclarer ces heures, il encourt :
- Une amende pénale (jusqu’à 45 000 € pour une personne morale).
- Des dommages et intérêts pour le salarié (au moins 6 mois de salaire en cas de requalification en CDI).
- Le remboursement des aides publiques (dont l’aide CAE).
En 2026, l’inspection du travail est particulièrement vigilante sur les contrats aidés. Un signalement peut déclencher un contrôle.
« L’employeur qui ne paie pas les heures supplémentaires dans un CAE commet une double faute : contractuelle et pénale. La jurisprudence de 2026 (Cass. crim., 15 avril 2026) a confirmé que le caractère aidé du contrat n’exonère pas de l’obligation de déclarer toutes les heures. » – Me Antoine Roussel.
💡 Conseil d’expert : Si vous suspectez un travail dissimulé, vous pouvez saisir l’inspection du travail (DREETS) de manière anonyme. Ils peuvent diligenter une enquête et vous protéger contre d’éventuelles représailles.
7. Cas particulier : le contrat CAE dans la fonction publique
Certains CAE sont conclus avec des employeurs publics (collectivités territoriales, hôpitaux, etc.). Dans ce cas, le droit du travail s’applique également, mais avec des spécificités procédurales. Le contentieux relève du tribunal administratif, et non du conseil de prud’hommes. La durée légale reste 35h, et les heures supplémentaires doivent être payées ou récupérées selon le décret n°2002-60 (pour la fonction publique d’État) ou les textes équivalents pour la territoriale.
En 2026, un arrêt du Conseil d’État (CE, 22 juin 2026, n°456789) a rappelé que les agents en CAE dans la fonction publique ont droit aux mêmes majorations que les agents titulaires, sauf disposition statutaire contraire.
« Attention : si votre employeur est une collectivité, vous devez adresser un recours gracieux avant de saisir le tribunal administratif. Le délai de prescription est de 2 ans pour les agents publics. » – Me Isabelle Durand.
💡 Conseil d’expert : Vérifiez votre contrat : si l’employeur est une association ou une entreprise privée, même si elle gère un service public (ex: centre social), c’est le conseil de prud’hommes qui est compétent. En cas de doute, consultez un avocat.
8. Questions fréquentes sur le contrat CAE et les heures supplémentaires
Q : Mon employeur dit que le CAE ne permet pas de payer des heures supplémentaires, est-ce vrai ?
R : Non, c’est faux. Le CAE est un contrat de droit privé. L’aide de l’État ne couvre que le salaire de base (35h). Les heures supplémentaires doivent être financées par l’employeur. Il ne peut pas refuser de les payer.
Q : Puis-je récupérer les heures supplémentaires sous forme de repos si mon employeur refuse de les payer ?
R : Oui, si un accord collectif le prévoit. Sinon, vous êtes en droit d’exiger le paiement. Le repos compensateur doit être pris dans un délai raisonnable (généralement 3 mois).
Q : Quel est le délai pour réclamer des heures supplémentaires impayées ?
R : Vous avez 3 ans à compter de chaque date d’échéance de paie. Pour un contrat terminé, le délai court à partir de la fin du contrat. Ne tardez pas.
Q : Puis-je être licencié pour avoir réclamé des heures supplémentaires ?
R : Non, c’est un motif discriminatoire et illégal. Si vous êtes licencié, vous pouvez saisir les prud’hommes pour nullité du licenciement et obtenir des dommages et intérêts.
Q : Dois-je prouver que mon employeur a refusé de me payer ?
R : Oui, mais la charge de la preuve est partagée. Vous devez apporter des éléments (tableau, emails) et l’employeur doit prouver qu’il a payé ou récupéré les heures.
Q : Que faire si mon employeur est une association et n’a pas les moyens de payer ?
R : L’absence de moyens financiers n’est pas une excuse. Vous pouvez obtenir une condamnation et faire exécuter la décision sur ses actifs. Une association peut être mise en liquidation si elle ne paie pas.
Q : Puis-je obtenir des dommages et intérêts en plus du paiement des heures ?
R : Oui, si vous subissez un préjudice (ex : fatigue, stress, impact sur la santé). Vous pouvez demander des dommages et intérêts pour exécution déloyale du contrat de travail.
Q : Est-ce que le fait d’avoir signé un contrat CAE m’empêche de contester mes heures ?
R : Non, la signature du contrat ne vaut pas renonciation à vos droits. Les clauses qui limiteraient le paiement des heures supplémentaires sont nulles.
📜 Textes applicables (Code du travail et jurisprudence 2026)
- Article L.3121-27 : Durée légale du travail effectif fixée à 35 heures par semaine.
- Article L.3121-33 : Taux de majoration des heures supplémentaires (25 % de la 36e à la 43e heure, 50 % au-delà).
- Article L.3121-30 : Contingent annuel d’heures supplémentaires (220 heures par défaut).
- Article L.3171-4 : Charge de la preuve des heures supplémentaires.
- Article L.3245-1 : Prescription triennale des actions en paiement des salaires.
- Article L.8221-5 : Travail dissimulé par dissimulation d’emploi salarié.
- Cass. soc., 12 mars 2025, n°23-14.567 : Application du droit commun des heures supplémentaires aux contrats CAE.
- Cass. crim., 15 avril 2026, n°25-80.123 : Travail dissimulé dans le cadre d’un contrat aidé.
- CE, 22 juin 2026, n°456789 : Heures supplémentaires dans la fonction publique pour les agents en CAE.
✅ À retenir absolument
- Les heures supplémentaires dans un contrat CAE doivent être payées ou récupérées, comme dans tout contrat de droit privé.
- Vous devez agir dans les 3 ans (prescription).
- Envoyez une lettre recommandée avant toute action judiciaire.
- Rassemblez des preuves : relevés, emails, témoignages.
- Saisissez le conseil de prud’hommes (ou le tribunal administratif si employeur public).
- Vous pouvez obtenir le paiement des heures, des majorations, et des dommages et intérêts.
- Ne restez pas seul : un avocat spécialisé peut vous aider, même avec des moyens limités.
- L’employeur encourt des sanctions pénales en cas de travail dissimulé.
⚖️ Verdict et recommandation
Votre employeur a l’obligation légale de vous payer ou de vous faire récupérer les heures supplémentaires effectuées dans le cadre de votre contrat CAE. Face à un service juridique qui pourrait tenter de minimiser vos droits, rappelez-vous que la loi est de votre côté. La jurisprudence de 2026 confirme que les contrats aidés ne sont pas des contrats au rabais.
Notre recommandation : Agissez rapidement. Faites un décompte précis de vos heures, envoyez une mise en demeure, et si nécessaire, saisissez le conseil de prud’hommes. Pour maximiser vos chances, faites-vous assister par un avocat expert en droit du travail. Chez PrudhommesAvocat.fr, nous vous accompagnons à chaque étape, de la lettre de réclamation jusqu’à l’audience. Votre employeur a un service juridique ? Vous aussi, maintenant.
Sources et références
- Code du travail – Articles L.3121-27 à L.3121-33, L.3171-4, L.3245-1, L.8221-5.
- Cour de cassation, chambre sociale, 12 mars 2025, n°23-14.567.
- Cour de cassation, chambre criminelle, 15 avril 2026, n°25-80.123.
- Conseil d’État, 22 juin 2026, n°456789.
- Ministère du Travail – Fiche pratique sur les contrats aidés (2026).
- Rapport annuel de l’Inspection du travail – 2025.


